Aix : l’observatoire de la laïcité

Sur La Provence, un entretien avec Jean-Claude Julien, président de l’Observatoire de la laïcité en pays d’Aix. Ses missions : être garant de la laïcité, alerter, éduquer

Attention, ne pas confondre avec l’Observatoire national de la laïcité, présidé par Jean-Louis Bianco. Cet observatoire-là est aixois. Il a été créé en 2002 et a inspiré la naissance d’autres structures en Provence et plus largement en France.

L’Observatoire de la laïcité en pays d’Aix (OLPA) compte 150 membres qui se donnent pour missions de débattre, d’alerter les politiques et d’intervenir dans les écoles pour expliquer ce que c’est... la laïcité.

Pourquoi la création d’un observatoire de la laïcité s’est-elle imposée en pays d’Aix ?

Jean-Claude Julien : L’idée n’est pas née d’un événement en particulier, mais d’un constat. Il y a un peu plus de dix ans, on a commencé à voir les débats se multiplier autour de la laïcité. Et on s’est aperçu que cette laïcité était incomprise, notamment par une population qui n’avait pas cette culture républicaine, jusqu’alors transmise à l’école et qui, petit à petit, ne l’a plus été : on entendait trop souvent, et encore aujourd’hui, l’idée que la laïcité était un mouvement antireligieux. C’est une erreur, il ne faut pas confondre anticléricalisme et laïcité !

Mais alors, qu’est-ce que c’est la laïcité ?

Jean-Claude Julien : La laïcité, c’est la séparation de deux sphères : l’État et les églises. L’État ne se mêle pas des questions religieuses et les religions ne se mêlent plus des affaires de l’État. Inscrite dans la constitution, la laïcité garantit la liberté des cultes, elle n’est donc pas contre les religions, mais permet au contraire à toutes les formes de spiritualités d’être exprimées au sein de la République. La société étant faite d’athées, de catholiques, de juifs, de musulmans, d’indécis, de gens qui se fichent complètement de la religion, citoyens dans la République, nous devons pouvoir vivre ensemble.

On peut donc être un fervent défenseur de la laïcité et pratiquer une religion ?

Jean-Claude Julien : Absolument, c’est d’ailleurs le cas de plusieurs membres de notre association qui compte un père Jésuite, une sœur catholique, des personnes sans confession particulière, des musulmans...

Quelles sont les missions de votre observatoire ?

Jean-Claude Julien : En premier lieu, nous avons rassemblé de nombreux documents sur l’histoire de la laïcité, avant même 1905, des articles de lois, etc. Puis, avec l’agrément du Rectorat, nous intervenons dans les établissements scolaires. Nous sommes conviés par les établissements et les professeurs qui le souhaitent, à intervenir auprès des élèves pour leur expliquer ce qu’est la laïcité, exposer toute une tradition qui a amené la société à cette séparation des églises et de l’État. On intervient également à la demande d’animateurs dans les centres sociaux pour les aider à trouver les bons comportements lorsqu’ils rencontrent des problèmes liés à la laïcité, avec les enfants ou leurs parents.

Des mesures ont été prises au lendemain des attentats, autour de l’enseignement de la laïcité dans les écoles, n’est-ce pas suffisant ?

Jean-Claude Julien : D’après certains, il aurait fallu adopter ces mesures bien plus tôt... On s’est interrogé sur l’idée d’enseigner le fait religieux dans les écoles, c’est-à-dire l’histoire des religions, liée à l’évolution des sociétés... Mais le danger, c’est qu’au lieu d’enseigner le fait religieux, on finisse par enseigner la religion et ce n’est pas désirable dans des écoles publiques.

La laïcité est-elle le seul fait de l’école ? Observez-vous dans d’autres environnements des comportements qui ne vont pas dans le sens de la laïcité ?

Jean-Claude Julien : Bien sûr, parfois chez les politiques eux-mêmes ! Lorsqu’un maire se présente dans une église pour les obsèques d’un de ses administrés, aucun souci, en revanche, s’il entre dans un lieu de culte avec son écharpe de maire, cela nous interpelle. La religion ne doit pas agir sur la politique, mais la politique ne doit pas non plus s’exprimer dans un lieu de culte. De la même manière, lorsqu’on organise une fête des lumières avec un défilé de représentants religieux, pas de problème. En revanche, lorsque cette fête est financée par une mairie, là c’est contraire au principe de laïcité. D’après la loi, même si elle n’est pas très claire à ce sujet, l’État ne finance pas les cultes.

Mais la loi ne doit-elle pas aussi s’adapter à l’évolution de la société ?

Jean-Claude Julien : Il ne faut pas être ce que j’appelle des laïques radicaux, certes, si la loi ne correspond plus à des mouvements de société notables, il faut être en mesure de la changer. Par exemple, les chrétiens, du fait de l’histoire, bénéficient de lieux de culte pour pratiquer leur religion. Il est normal que se pose la question de la construction de mosquées, par exemple.

Comment l’observatoire s’est-il positionné au lendemain des attentats à "Charlie Hebdo" ?

Jean-Claude Julien : On s’est tous senti désorientés, anéantis. On s’est réunis tout de suite, bien sûr, mais on n’a pas cherché à créer une communauté de laïcs, ni à s’afficher en tant que tels. Globalement, les politiques eux-mêmes se sont gardés de s’afficher en tant que politiques et c’était très bien.

Comment avez-vous vécu le grand rassemblement ?

Jean-Claude Julien : Personnellement, j’ai eu cette idée qu’il pouvait enfin se passer quelque chose de salutaire, de fort, quelque chose qui nous rassemble durablement et puis finalement, rien... C’est retombé et je ne m’attendais vraiment pas à ça. L’analyse que j’en fais a posteriori, c’est qu’il y avait beaucoup de gens qui manifestaient davantage un refus que le désir, le besoin de se rassembler. Après ça, on a constaté que les politiques manifestaient le besoin de discuter avec des représentants religieux, là encore, les deux n’ont pas à traiter ensemble sur des questions relatives à la politique.

Même si la religion fait l’objet de crispations entre les citoyens ?

Jean-Claude Julien : Oui, même dans ce cas. La politique doit trouver d’autres solutions pour rassembler parce qu’aller à la rencontre de représentants religieux, c’est alimenter le communautarisme. Les communautés existent, bien sûr, on peut se sentir appartenir à une communauté juive, bretonne, que sais-je, mais ces groupes n’ont pas à discuter en leur nom de questions politiques, avec l’État.

Nadia Tighidet

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