"Islamophobie"

Islamophobie, vous avez dit « islamophobie » …

Réunion du 6 février 2013

Lors de la réunion organisée sur ce sujet par la Cimade, à Quimper le 08.01.13, un membre du comité régional contre l’islamophobie déclarait ceci : « L’islamophobie, ce n’est pas critiquer la religion musulmane, c’est discriminer un musulman ». Son association estime la hausse de ce type d’actes à près de 50% en 2011*. Et, selon ses dires, la laïcité fait partie des causes de cette montée !

Le représentant de l’association culturelle turque se montrait plus alarmiste : « Avant la Seconde Guerre mondiale, il y avait la crise et une catégorie de personnes était fustigée par les autres, deux phénomènes que l’on retrouve aujourd’hui ! »*. Interpelé, celui-ci renvoie aux travaux de Th. Deltombe.

Un participant à la réunion - qui se présente comme musulman - évoque des difficultés rencontrées par certains lors de démarches de recherche d’emploi. A l’inverse, un autre, né à Quimper, déclare n’avoir jamais connu de situation relevant de l’ « islamophobie ».

Voilà qui interroge …

Une première approche à partir de 3 regards différents (parmi d’autres) ...

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Que développe Thomas Deltombe ? **

« Dans l’ensemble, l’islamophobie s’attaque, sous prétexte de défendre de nobles « valeurs » (la « laïcité », la « république », le « vivre-ensemble », etc.) aux signes visibles de ce qui est identifié comme « islamique » (le lieu de prière, le foulard, etc.). Mais ces offensives ne sont en fait que la face visible d’un rejet plus général de tout ce qui apparaît comme « différent », comme « non-Français », voire comme « anti-Français ». L’islamophobie prend ainsi la forme d’un racisme respectable. »

Les stratégies qui, selon lui, mènent à l’islamophobie :

-  Le discours dominant, lequel affirme que l’« islamophobie » a été inventé par les courants « islamistes »

-  Le mot lui-même qui victimiserait les musulmans

-  Le terme serait utilisé pour permettre de mieux le banaliser et de se prémunir contre toute critique (!).

Th. D. : « L’appareil rhétorique et sémantique du racisme se réadapte constamment afin de faire vivre les peurs et les haines de « l’autre ».
« La reformulation du racisme à travers le registre « islamique » date du milieu des années 1980, à l’époque où les élites françaises mettent au centre de leur agenda « l’intégration des immigrés » et, à travers cette thématique, la question de « l’identité nationale ». La grande force de ce que je qualifie d’« islam imaginaire », c’est-à-dire cette représentation de l’islam créée par les élites politico-médiatiques dans le cadre des angoisses identitaires qui émergent dans les années 1980, c’est qu’il a permis de créer un consensus dans le monde politique. Alors que la laïcité était jusque-là perçue comme une « valeur de gauche », la droite l’a adoptée à son tour lorsqu’elle s’est aperçue que ce dont il était question n’était pas d’une laïcité réelle, mais d’une nouvelle « laïcité », exclusivement antimusulmane. »

« Ainsi, aujourd’hui comme hier, tout ce discours sur les femmes, le voile et la « laïcité » s’inscrit dans un registre propagandiste et guerrier... Les élites françaises sont d’ailleurs en train de transformer la laïcité dans ce sens : alors que le Conseil d’Etat avait expliqué en 1989 que le foulard à l’école n’était pas, en lui-même, incompatible avec la laïcité, les députés ont voté la loi de 2004 pour changer la laïcité et exclure le foulard(a). Il faut bien comprendre que c’est la laïcité qui a changé de nature entre ces deux dates : alors qu’elle stipule à l’origine que c’est le cadre (l’école) qui doit être « neutre » afin d’offrir à tous la possibilité d’exprimer librement leurs croyances, ce sont dorénavant les usagers (en tout cas certains d’entre eux : les musulman/e/s), qui sont sommés d’être « neutres ».

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Que dit Raphaël Liogier sur ce sujet (1) ?

« La figure du musulman n’est pas devenue par hasard l’altérité adverse fondamentale de l’Europe. On peut résumer, de façon caricaturale mais signifiante, en quatre grandes étapes la mutation du regard européen sur l’islam :

- le regard fasciné, surtout caractéristique du XIXème siècle,

- le regard méprisant, caractéristique du XXème siècle,

- puis le regard effrayé à partir des années 1980

- et enfin, aujourd’hui, le regard paranoïaque.

Dans les trois premières situations, le musulman était un objet de fascination, de mépris et d’effroi parmi d’autres, à côté de l’Arabe, du Noir, de l’Asiatique, de l’étranger, de l’immigré. Au XXIème siècle, le musulman devient la figure centrale de l’altérité indésirable, inassimilable, et par surcroît douée du désir d’anéantir l’Europe. Les autres figures, du Noir ou de l’Arabe par exemple, font toujours l’objet de mépris et de crainte, mais même si elles sont visées, elles ne le sont plus en tant que telles ; elles sont devenues transparentes à ce nouveau regard fixé sur l’islamité. »

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Qu’en dit Robert Redeker ? (2)

Islamophobie : « Ce mot, proche accoustiquement de « xénophobie », est autant destiné à faire peur – en évoquant subliminalement la haine, les persécutions, les discriminations – qu’à culpabiliser. Quelques uns voudraient le voir devenir synonyme de « racisme » et symétrique d’ « antisémitisme », deux monstres qui ne dorment que d’un œil.

C’est à nouveau autour de la question de l’apartheid des femmes – foulard à l’école, dans des institutions, dans la rue, autoségrégation dans des piscines – que se concentre la crispation, et que l’accusation d’islamophobie menace quiconque s’élève contre la tentative d’officialisation de cet apartheid.

Le concept d’ « islamophobie » est originairement une arme forgée par les islamistes dans le but d’imposer leur vision totalitaire du monde. Il plonge ses racines dans le plus sordide obscurantisme.

Le mot « islamophobie » rabat à faux-titres la défense de la liberté et de la laïcité sur l’intolérance et sur la haine. Il réussit à contraindre les valeurs républicaines à demeurer sur la défensive : ce sont elles désormais qui, mises en difficulté par la sophistique d’un tour de passe-passe lexical, se voient accusées d’intolérance et d’intégrisme. La prestidigitation de ce mot consiste à renverser la réalité en plaçant l’obscurantisme en position de victime et la laïcité d’agresseur. La laïcité doit maintenir le mot « islamophobie » hors du cercle des débats, tout refuser la charia, les lapidations, les mutilations, l’esclavage (encore vivace dans des sociétés musulmanes), la criminalisation de l’homosexualité, le statut inférieur des femmes, et c … ? Est-il raciste de rappeler que dans aucun pays musulman les droits de l’homme ne sont à l’honneur, pas plus d’ailleurs que la démocratie ? Est-il raciste d’estimer que des centaines de millions d’êtres humains vivent quotidiennement sous le joug imposé par cette religion ?

Racisme ? Si le racisme (par exemple : l’arabophobie) est absolument condamnable, le combat contre les empiétements du religieux sur la vie civique, combat dont sont issues les valeurs républicaines, ne l’est aucunement. L’Islam est une religion – un ensemble d’idées, de mythes, de superstitions et de rites – pas une « race » (si ce mot a un sens), ni une ethnie. Il existe des musulmans de tous les types humains ; cette religion, semblablement au christianisme, vise l’universalité. Etant une religion, l’Islam est aussi une idéologie, comme le communisme et le libéralisme. Doit-on condamner l’antilibéralisme ou l’anticommunisme, le refus de leurs idéologies et de l’organisation du monde qu’elles impliquent, comme s’il s’agissait de racisme ? L’attitude accusée d’islamophobie n’est pas du racisme dans la mesure où loin d’être la haine de tel ou tel peuple, elle est le refus véhément de ce que certains prêchent et veulent imposer au nom de l’Islam. Elle est le refus des aspects archaïques et incompatibles avec les valeurs républicaines que véhicule une certaine interprétation l’Islam.

L’antisémitisme, pour sa part, ne stigmatise pas une religion, mais un peuple. Or, il n’y a pas un peuple musulman comme il y a un peuple juif ; par suite, la mise en parallèle de l’islamophobie et l’antisémitisme est abusive. L’Islam est un attribut accidentel, applicable – du fait de sa nature prosélyte – à tout être humain, quelle que soit son ethnie et sa couleur de peau. Au contraire Juif ne désigne qu’un seul peuple, à cause de son non-prosélytisme. Loin d’être le simple combat contre une religion, l’antisémitisme est la haine immotivée et inextinguible d’un certain peuple, le peuple juif. Les Juifs pourraient bien être athées, changer de religion, que l’antisémitisme persisterait. S’il existe des Juifs athées (parce que le mot « juif » énonce l’appartenance à un peuple, quelles que soient les idées de ceux qui sont ainsi indexés), la locution « musulman athée » s’avère absurde (parce qu’être musulman signifie adhérer à une croyance) ».

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Voir aussi les positions de Caroline Fourest et Fiammetta Venner, de Chantal Delsol, de Justin Vaïsse, de Soheib Bencheikh, d’Alain Gresh… …

Les approches sont très diverses et la question va probablement faire encore couler beaucoup d’encre …

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Mais qu’en est-il du mot lui-même : « islamophobie » ?

- Islam : religion des musulmans, articulée autour du Coran

- Phobie (fuite) : peur irraisonnée d’un danger inexistant

Comment un individu peut-il développer un syndrome de phobie vis-à-vis d’une religion (d’autant plus que la plupart des religions se déclinent en de multiples variantes) ? D’ailleurs, crainte de l’islam … ou crainte du musulman ?

Éric Conan, journaliste de la revue L’Express, estime que le terme relève de la « guerre des mots », qui serait prise dans une véritable lutte idéologique et guerre au sein de l’islam lui-même, où l’islamisme en sous-main tendrait à imposer un point de vue contraire à la tendance strictement religieuse de l’islam, ainsi qu’à sa tendance libérale (*).

A qui peut donc profiter cette démarche de mise en avant d’une « islamophobie » ( comme pour une judéophobie, une christophobie ou christianophobie, et c …) ?

A tous ceux qui ont tendance à qualifier de "phobie" toute expression d’une opinion contraire à leurs prétentions ou revendications, comme le pense Anne-Marie Le Pourhiet (b) ?

« Islamophobie, discrimination du musulman… », énonçait le membre du comité régional contre l’islamophobie. N’y a-t-il pas des lois qui protègent chaque citoyen de toute décision discriminatoire ?

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000018877783

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*Source : Le Télégramme – Quimper 10.01.13

** dans un article paru dans l’AutreMent numéro 1.2

(1) Raphaël Liogier, politologue et sociologue Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective (Seuil 2012).

(2) R. Redeker, philosophe, chercheur au CNRS.

(b) sur http://fr.wikipedia.org

(a) voir à ce sujet le cheminement des opinions des membres de la commission Stasi

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    Le groupe LAICITE AUJOURD’HUI poursuivra ses travaux le mercredi 7 juin, 18-20 heures, à la maison des associations.

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