Jusqu’à l’indépendance (1776)

, par  hdeb

Le contexte historique américain jusqu’à l’indépendance

Le Département d’état des Etats-Unis d’Amérique nous livre une version de l’histoire de leur liberté religieuse : « les fondateurs des États-Unis étaient très conscients de l’importance de la liberté religieuse. Les premiers colons, les Pèlerins, qui étaient membres d’une secte chrétienne, sont venus en Amérique du Nord, parfois au péril de leur vie, pour échapper aux persécutions religieuses en Angleterre. Désireuses de jouir de la liberté religieuse, une multitude d’autres personnes de divers pays et de diverses confessions les ont suivis. » Cette version est évidemment contestée par les historiens. Que les membres des sectes qui fuyaient l’Europe, souvent bannies à cause de leur radicalisme ou de pratiques jugées immorales, aient été les initiateurs de la liberté religieuse, est une thèse soutenue par certains [1] pour mettre en valeur leur groupe religieux. Mais retrouver celle-ci sur le site Internet du Département d’état est un exemple de la vision du monde sous G.W. Bush.

En Europe, après la Réforme

La Réforme de Martin Luther date de 1517 et engendre aussitôt les premières persécutions. Les Guerres de Religion ravagent l’Europe. On retiendra principalement qu’elles durent en Allemagne jusqu’à la Paix d’Augsbourg en 1555 puis secouent la France de 1562 jusqu’à la signature de l’Edit de Nantes en 1598. Elles sont aussitôt suivies en 1618, par la Guerre de Trente Ans jusqu’en 1648. Pendant cette période, certaines régions perdent la moitié de leur population. En fait s’installent de véritables déserts humains. Hélas dès 1681, en France, les dragonnades débutent et perdurent jusqu’en 1687 malgré la révocation de l’Edit de Nantes en 1685. Celle-ci sera confirmée en 1724 sur la demande de l’assemblée du clergé et la répression restera active jusqu’en 1760. Rappelons que Callas est exécuté en 1762 dans une période où le converti est toujours le bouc émissaire.

En Angleterre, le roi Charles I a dissout le Parlement en 1629, et tenté d’installer une monarchie absolue ce qui provoque une Guerre Civile qui durera près de vingt ans (1640-1659).

Les colonies anglaises d’Amérique

C’est donc au milieu de cette tourmente que s’établissent les premières colonies anglaises d’Amérique du Nord en même temps que celles des français et des hollandais. Dès 1607, une compagnie privée, la London Company, installe les premiers colons de Virginie. En 1619, ils se réunissent en assemblée législative.

L’Eglise anglicane est alors l’église officielle. Son chef est le souverain d’Angleterre. Il nomme les évêques et les prêtres qui prêtent serment d’allégeance au roi, « pouvoir le plus élevé après Dieu ». Ce clergé est rémunéré soit par le gouvernement anglais soit par les sociétés privées qui créent les nouvelles colonies. Depuis les premiers voyages où les commandants des navires avaient pour consigne de célébrer les offices pour former les émigrants, jusqu’à la période prérévolutionnaire, la religion anglicane est donc forte de son statut. Elle est religion établie dans 9 colonies sur 13, la dernière étant la Georgie en 1758. Organisée autour des paroisses, celles-ci sont dirigées par un conseil élu nommé Vestry (dérivé de sacristie), chargé de l’administration, de la surveillance de la moralité et des enquêtes préliminaires en cas d’infraction, et aussi de l’aide aux pauvres. Le peuple doit contribuer par des taxes locales à l’église et aux écoles. Le conseil est généralement composé des plus riches propriétaires. Souvent détourné en une charge héréditaire, il est durement ressenti par les petits fermiers et les domestiques. Après 1702, les Vestry deviennent peu à peu des sortes de gouvernements locaux.

En même temps que les anglicans d’autres colons débarquent. En 1620, ceux du Mayflower arrivent : ce sont des séparatistes qui fuient les persécutions en Europe. Ils signent le "Mayflower Compact" qui instaure une forme de gouvernement local, la règle de la majorité et la coopération entre eux. Ils fondent le Massachusetts. En 1630, 900 colons puritains débarquent au Massachusetts et se donnent un gouvernement en 1633. En 1681, la Pennsylvanie est fondée par William Penn, un quaker, suivi par une vague d’immigrants et coreligionnaires venus d’Allemagne et d’Angleterre.

Mais ces aspirations à des formes d’organisations démocratiques sont brisées en 1686 lorsque le roi d’Angleterre supprime toutes les institutions représentatives et judiciaires locales et prive les individus de leurs droits politiques.

Quelques évènements religieux

Voici quelques évènements notables :

- 1636 : Roger Williams est banni du Massachusetts pour opinions dangereuses incompatibles avec les règles puritaines car il appelait à la liberté religieuse et politique ce qui incluait la séparation de l’église et de l’état. Il fonde Providence qui devient le refuge de tous ceux qui fuient l’intolérance religieuse et Rhodes Island où l’esclavage est déclaré illégal dès 1652.

- 1646 : au Massachusetts est instaurée une loi contre l’hérésie qui est punie de mort.

- 1692 : une hystérie collective saisit Salem au Massachusetts. 150 personnes sont accusées de sorcellerie. Vingt d’entre elles dont 14 femmes sont exécutées. Il faudra attendre 1697 pour que la justice fasse repentance et offre une compensation aux familles des accusés.

- 1700 : alors que la population totale atteint 250 000 personnes, le Massachusetts et New York décident que les prêtres catholiques romains doivent quitter leur territoire sous peine de mort.

- 1702 : le Maryland établit l’Eglise Anglicane comme religion officielle financée par l’impôt sur la tête de tout homme libre ou esclave.

- 1706 : année de naissance de Benjamin Franklin, la Caroline du Sud déclare l’Eglise Anglicane comme religion officielle.

- 1732 : Georges Washington naît en Virginie. La première messe est célébrée dans la seule église catholique des colonies américaines à Philadelphie. Pendant ce temps des colons juifs bâtissent la première synagogue à New York.

- 1734 : débute le mouvement du Great Awakening, grand réveil religieux, qui durera 10 ans et qui sera à l’origine de la création d’une multitude de nouvelles sectes.

L’Amérique à la veille de son indépendance n’est donc pas exempte d’abus et d’intolérance. L’Eglise anglicane ancrée dans une position de pouvoir a une influence croissante sur les affaires politiques, mais le pays se divise entre patriotes et loyalistes. Pour les patriotes, elle devient le synonyme de parti Tory (conservateurs anglais) et d’habits rouges (les uniformes des soldats anglais). Le fait que les trois quarts des signataires de la déclaration d’indépendance soient anglicans donne une idée de la présence de cette église sur ce territoire.

La révolution américaine



La Révolution américaine débute en 1760 et s’achève vers 1783. Dans le combat contre l’oppression anglaise, et même si de nombreux ressorts de la révolte sont économiques, la liberté religieuse est revendiquée avec autant de vigueur que les autres.

La position de l’Eglise anglicane est fragilisée : son clergé dépend de Londres et ne peut se délier de ses serments. Ses divisions s’amplifient et lorsqu’en 1783, 80 000 loyalistes quittent les 13 colonies, ils laissent derrière eux seulement 10 000 anglicans sur 4 millions d’habitants. Beaucoup de paroisses resteront sans pasteur pendant plusieurs dizaines d’années. Sans religion numériquement dominante et du fait du pluralisme qui en résulte, la question de la liberté religieuse qui est posée depuis longtemps, peut trouver une solution.

Le 12 juin 1776, la Virginie adopte la déclaration des droits qui reconnaît :


art. 1 . Que tous les hommes sont nés également libres et indépendants, et qu’ils ont certains droits inhérents dont ils ne peuvent, lorsqu’ils entrent dans l’état de société, priver ni dépouiller leur postérité par aucun contrat : à savoir le droit de jouir de la vie et de la liberté, avec les moyens d’acquérir et de posséder des biens et de chercher à obtenir le bonheur et la sûreté.

art. 16
. Que la religion ou le culte qui est dû au Créateur, et la manière de s’en acquitter, doivent être uniquement déterminés par la raison et la conviction, et non par la force ni par la violence ; et que par conséquent tous les hommes ont un droit égal au libre exercice de la religion, selon les exigences de leur conscience ; et que c’est un devoir réciproque pour tous de pratiquer la tolérance, l’amour et la charité chrétienne envers leur prochain.


Et la Pennsylvanie fait de même :


Article premier
Tous les hommes sont nés libres et indépendants, et ils ont des droits certains, naturels, essentiels et inaliénables, parmi lesquels on doit compter le droit de jouir de la vie et de la liberté, et de les défendre ; celui d’acquérir une propriété, de la posséder et de la protéger ; enfin, celui de chercher et d’obtenir leur bonheur et leur sûreté.

Article 2
Tous les hommes ont le droit naturel et inaliénable d’adorer le Dieu Tout-Puissant, de la manière qui leur est dictée par leur conscience et leurs lumières. Aucun homme ne doit, ni ne peut être légitimement contraint à embrasser une forme particulière de culte religieux, à établir ou entretenir un lieu particulier de culte, ni à soudoyer des ministres de religion contre son gré, ou sans son propre et libre consentement ; aucun homme qui reconnaît l’existence d’un Dieu ne peut être justement privé d’aucun droit civil comme citoyen, ni attaqué en aucun manière, à raison de ses sentiments en matière de religion, ou de la forme particulière de son culte ; aucune puissance dans l’Etat ne peut ni ne doit être revêtue, ni s’arroger l’exercice d’une autorité qui puisse dans aucun cas lui permettre de troubler ou de gêner le droit de la conscience dans le libre exercice du culte religieux.


Le 4 juillet 1776, est adoptée la déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique.


(…)
Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés.

(…)


Cet article fait partie d’un ensemble intitulé Laïcité aux USA.
Pour lire la suite (...)

[1Le 1er septembre 2006, M. Hinckley, prophète actuel des Mormons, inaugurait l’assemblée générale des anciens combattants en ces termes : “Evoking images of the Mayflower pilgrims and of George Washington at Valley Forge, Hinckley said the United States was founded on “an unequivocal trust in the power of the Almighty to guide and defend us”. The Salt Lake Tribune

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    Le groupe LAICITE AUJOURD’HUI a prévu de poursuivre ses travaux le mercredi 4 octobre, 18-20 heures, à la maison des associations, 26 rue maréchal Foch à Concarneau.

    Thème du jour : à déterminer

    Questions d’actualité

    Prochain rendez-vous : le forum des associations, le 9 septembre au Porzou

    Bel été à chacune et à chacun