La foi, ma foi chrétienne

En préambule, un rappel : le groupe Laïcité Aujourd’hui a pour règle que chacun de ses membres, le moment venu, présente aux autres un exposé de son choix.

L’un d’entre eux, qui cultive sa chrétienté, s’est proposé de parler de la foi.

Questions immédiates :

1/ La foi : ce sujet pouvait-il intéresser quelqu’un ?

2/ Parler de la foi implique de parler de sa propre foi. Là encore, cet aspect très personnel d’une croyance entrait-il dans la perspective de travail du groupe ?

3/ Pouvait-il en être autrement si l’on voulait aborder cette notion à laquelle nos débats s’étaient maintes fois confrontés ?

Ces questions furent tout simplement soumises au groupe, lequel a souhaité que le travail d’écriture déjà amorcé soit mené à son terme et présenté.

L’exposé a été présenté le mercredi 3 mars 2010. Il ne sera pas publié in extenso du fait de son caractère très personnel.

« LA FOI ; MA FOI CHRETIENNE »

B. nous a présenté comment, à sa manière, il avait cherché à mettre de la rationalité dans sa vie et, par là même, dans sa foi chrétienne : une démarche qu’il annonce naturellement influencée par son origine familiale, ses études et sa culture personnelle, une démarche qui se bâtit à partir de quelques présupposés (nul ne peut y échapper, ne serait-ce que par son histoire).

Il nous présente successivement les principales questions qui se sont posées à lui : Jésus de Nazareth a-t-il réellement existé ? Comment les premiers disciples ont-ils cru qu’il était le Messie, et le fils de Dieu ? Pourquoi et comment suis-je croyant moi-même ?

Après avoir développer ses réponses, il en arrive à présenter ainsi l’idée qu’il se fait de Dieu : « Ce n’est pas le fruit de ma réflexion métaphysique ni, je pense, de mon imagination et de mes désirs…, mais le fruit de mon observation de la personnalité, du comportement et des dires de Jésus : l’homme Jésus est, pour moi, la meilleure image du vrai Dieu… »

Mais sa conclusion générale déborde nettement le champ religieux.

Pour lui, en effet, le dilemme de toute vie n’est pas d’ordre métaphysique mais d’ordre éthique : Ce n’est pas affirmer Dieu ou le nier. C’est

Humaniser l’homme et la société ... ... ou les dégrader.

Humaniser l’homme : « quelles que soient nos conceptions métaphysiques, le bon choix nous est indiqué par notre nature « humaine » et par notre culture « humaniste », dans laquelle la valeur suprême, c’est la personne humaine. »

Humaniser la société : « l’animer et la structurer par les valeurs sociales fondamentales : la justice, la solidarité et l’égalité d’une part, la laïcité, la liberté et la sécurité d’autre part, six valeurs essentielles en interaction permanente, avec la justice et la laïcité dans un rôle privilégié, justice (complétée par la solidarité) et laïcité étant les conditions nécessaires de l’égalité ; l’ensemble des 3 formant les conditions de la sécurité… »

B// Il est ressorti de cet exposé

-  D’abord et surtout un profond humanisme…

-  ensuite combien la question des convictions religieuses relève de choix personnels,

-  combien elle touche à l’intime de l’individu,

-  et surtout, combien elle relève d’une démarche, d’un cheminement unique.

-  Comment chaque homme peut se forger ses propres convictions, sans qu’il ait nécessairement à les communiquer ou à subir des critiques.

-  Combien, quelles qu’elles peuvent être, sous la seule réserve qu’elles respectent le droit, il convient de respecter ces convictions au plus haut point.

-  Comment un long travail est nécessaire pour approcher sa propre vérité : lutte contre ses préjugés, doute, obligation de passer par l’examen critique pour penser les choses au plus juste…

-  Combien il serait déplacé de vouloir, d’autorité, influencer d’une manière ou d’une autre toute personne dans ses convictions, que cette influence émane d’autres personnes, d’une hiérarchie (y compris religieuse) ou d’un état (y compris par des financements ciblés).

-  Combien les rédacteurs de la loi de 1905, en instituant dans son article premier : « La République assure la liberté de conscience », étaient parvenus, par une simple phrase, à garantir à tout individu cette liberté première qui est le droit de croire. Voilà plus de 100 ans que cette liberté se déploie dans notre pays (rappel : c’est loin d’être le cas partout dans le monde)

B.P.


Quelques citations pour illustrer ces propos :

Henri Pena-Ruiz : « La liberté de conscience est première, comme l’est la liberté humaine : elle n’est pas un bien que l’on peut perdre, qui serait accordé ou non, car il s’inscrit dans l’être de tout homme, non dans son avoir. »

François Perrot : « L’histoire et l’expérience personnelles font de chacun un être singulier, radicalement différent des autres. Aucune existence n’étant vraiment comparable à une autre, chacun peut ainsi aspirer à détenir « sa » propre conception du vrai. Affirmer que chacun détient sa vérité est ainsi une façon de respecter la liberté individuelle et de s’ouvrir aux thèses qui diffèrent des siennes. C’est une forme d’écoute et de tolérance envers l’opinion d’autrui, étant bien entendu qu’on attend les mêmes égards pour la sienne. » …

« Pour les Grecs de l’Antiquité, les hommes non grecs ne sont que des barbares, d’une humanité « inférieure ». C’est ce que peut produire l’appartenance à une culture qui tendrait à se fermer sur elle-même : un ethnocentrisme se développe, qui finit par considérer les valeurs de son groupe comme exclusives.

F. Perrot : « Le nazisme a montré les conséquences meurtrières d’une définition close de l’homme et de la culture. Faut-il dès lors admettre que, s’il est impossible de hiérarchiser les cultures, « tout se vaut » puisque tout est culturel ?

Ce relativisme en viendrait à tolérer des comportements incompatibles avec le respect de la personne humaine et de son intégrité que l’on est en droit de poser comme une exigence morale universelle. On ne peut en même temps critiquer la traite des esclaves, telle que l’Europe la pratiqua, et admettre le maintien, dans d’autres cultures, d’attitudes qui bafouent la dignité de l’être humain (excision, enfermement des femmes, travail ou prostitution des enfants...). C’est au contraire parce que l’homme est bien un être de culture que ne sont respectables que les éléments culturels qui donnent à chaque être humain la possibilité de se réaliser pleinement. »

Loi 1905 . Henri Pena-Ruiz : « Les droits de l’homme, la démocratie, les idéaux de liberté et d’égalité, de paix et de fraternité, l’émancipation laïque, ne sont pas les produits d’une histoire ou d’une civilisation particulières, encore moins l’héritage d’une religion. Ils sont des conquêtes de l’humanité refusant l’oppression, conquises souvent dans le sang et les larmes, à rebours de traditions rétrogrades. Leur portée universelle transcende tous les héritages et réside dans l’exigence d’une vie d’homme debout, rétif à toutes les servitudes. »
« La laïcité parie sur des hommes libres, maîtres de leur jugement, capables de concorde authentique…Cette confiance dans la souveraineté de la pensée humaine est la vertu propre à la laïcité, force d’âme fraternelle où se transcendent les "différences".

Liberté, égalité et fraternité trouvent en elle leur sens plein et généreux. »
Saint-Denis, rencontres internationales laïques 5 avril 2009

Annonces

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    Le groupe LAICITE AUJOURD’HUI poursuivra ses travaux le mercredi 7 juin, 18-20 heures, à la maison des associations.

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