Un espace de liberté pour les religions

, par  hdeb

Un rapport établi sur la base de 35.000 entretiens avec des adultes vivant aux Etats Unis nous apporte beaucoup d’informations sur le paysage religieux américain [1].

Un peuple religieux à 84%

En 2007, quand l’enquête a été menée, les Etats-Unis comptaient 225 millions d’adultes, dont 34 millions nés à l’étranger, sur un total de 302 millions d’habitants.

78,4% des américains se disent chrétiens mais 16,1% se disent sans affiliation religieuse.

Avec 23,9% de la population, les catholiques représentent la plus grande communauté religieuse unifiée. Plus de la moitié des protestants (51,3%) appartient à une Eglise évangélique (26,3%), les baptistes de toutes tendances se taillant la part du lion (17,2% de la population américaine). Les méthodistes sont 6,2%, les luthériens 4,6% et les pentecôtistes 4,4%.

Les mormons constituent 1,7% de la population, à égalité avec les juifs. Les bouddhistes de toutes tendances sont 0,7%, les musulmans 0,6%, les hindous 0,4%.

Les athées ne représentent que 1,6% de la population mais sont en forte progression.

Comparaison Catholiques Juifs Musulmans Protestants sans religion
Etats Unis 23,9% 1,7% 0,6% 51,3% 16,1%
France * 56 à 64 % ** 1 à 0,6% 4 à 7% 3 à 2,1% 31 à 26%

* : selon sondage ** pratique régulière : 10%

Une grande mobilité inter religions

Le résultat le plus frappant est certainement la grande mobilité des appartenances religieuses : 28% des Américains ont quitté la religion dans laquelle ils ont été élevés, pour rejoindre un autre groupe religieux ou n’adhérer à aucun. Si l’on inclut les transferts d’appartenance au sein de la grande famille protestante, ce sont même 44% des Américains qui ont changé d’appartenance au cours de leur vie.

31% des Américains ont grandi dans la foi catholique, mais moins de 24% y adhèrent encore aujourd’hui. L’apport de l’immigration a permis de compenser partiellement une diminution qui aurait sans cela été encore plus marquée. Cela ne ressortait pas des statistiques religieuses américaines jusqu’à maintenant, qui semblaient indiquer une stabilité des croyants catholiques, autour d’un quart de la population. L’enquête révèle que cette stabilité statistique était trompeuse et recouvrait en fait un nombre important de changements d’appartenance individuels, compensés par les conversions (2,6% de la population américaine est formée de convertis au catholicisme) et par l’immigration. La place des Hispaniques devient de plus en plus importante dans le catholicisme américain : ils seraient déjà plus de 35% des catholiques aux Etats-Unis, et ont contribué pour 71% à la croissance de l’Eglise catholique depuis 1960.
Trois bouddhistes sur quatre sont des convertis. L’on découvre également avec surprise que 23% des orthodoxes (qui constituent 0,6% de la population) seraient des convertis.

Ces changements revêtent bien sûr des significations différentes d’un cas à l’autre : interrogé, un habitant de San Diego qui a changé plusieurs fois d’appartenance dans l’orbite protestante déclare : "Fondamentalement, je n’ai pas changé ce que je crois, mais j’ai changé de marques."

Les mariages entre membres de groupes religieux différents sont nombreux (27%, et même 37% en incluant les mariages entre membres de différentes "familles religieuses" protestantes). Deux groupes se signalent par un taux élevé d’endogamie : 90% des hindous et 83% des mormons ont un conjoint de même religion, suivis d’assez près par les catholiques avec 78% (mais seulement 69% des juifs). Notons aussi que les mormons et les musulmans sont ceux qui, en moyenne, ont les plus grandes familles.

Quant au taux de rétention le plus élevé, il appartient pour l’instant aux hindous : 84% des adultes élevés dans l’hindouisme y appartiennent toujours. Reste à voir, bien sûr, si une telle stabilité va se maintenir au fil des générations : la poursuite d’un taux élevé d’endogamie devrait y être favorable, mais il faut aussi relever que 86% des hindous sont nés à l’étranger : au contact des réalités américaines, les attitudes des prochaines générations pourraient connaître de notables transformations.

Tous les groupes religieux perdent des membres, en gagnent aussi de nouveaux mais avec un succès inégal, débouchant sur une situation très fluide sur un "marché religieux" où la compétition est forte.

A noter que ceux qui perdent le plus de membres potentiels à la génération suivante sont les Témoins de Jéhovah (0,7% de la population) : seuls 37% de ceux qui ont été élevés dans une famille de Témoins de Jéhovah continuent de se définir comme tels. Que les Témoins de Jéhovah réussissent néanmoins à se maintenir numériquement aux Etats-Unis en dit long sur l’intensité et la persévérance de leur travail missionnaire : les convertis compensent les défections parmi les enfants de Témoins et représentent 67% des membres du mouvement sur territoire américain.

Ce qui confirme une réalité que les chercheurs travaillant sur les groupes religieux non conformistes connaissent depuis longtemps : la plupart de ces groupes ont besoin du prosélytisme non seulement pour grandir, mais tout simplement pour se maintenir.

Dans le contexte américain, aucune religion ne peut donc se reposer sur ses lauriers si elle ne veut pas être condamnée à disparaître du paysage. En même temps, la religion semble destinée à occuper pour longtemps encore une place importante dans la société américaine. Même si tout le monde est loin de se reconnaître dans une appartenance clairement définie à un groupe. Les enquêteurs ont rencontré nombre de personnes (jusqu’à un tiers de l’ensemble des protestants) qui se définissent simplement comme méthodistes ou baptistes, sans pouvoir indiquer le sous-groupe auquel elles sont affiliées.

Pyramide des âges et futur par l’immigration

En détaillant, la distribution des âges, on remarque que 62% de la population âgée de plus de 70 ans est protestante alors qu’elle n’est plus que 43% parmi les 18-29 ans.

Si seulement 8% des plus de 70 ans déclarent ne pas être affiliés à une religion, 25% des 18-29 ans n’hésitent pas à s’afficher comme sans foi religieuse. Si cette tendance se poursuit, le nombre de protestants devrait décliner et la part de non affiliés à une religion devrait continuer de croître fortement.

Plus de six personnes (61%) sur dix adultes immigrants aux États-Unis disent qu’ils sont originaires d’Amérique latine (y compris les Caraïbes), avec plus de la moitié de ce groupe (34% de tous les immigrants) en provenance d’un seul un pays, le Mexique. En réalité, le Mexique représente une grosse part (34%) de tous les immigrants qui viennent aux États-Unis. Près des trois-quarts (72%) de ceux qui viennent du Mexique sont catholiques alors que parmi les immigrants des autres pays d’Amérique latine, la moitié seulement (51%) sont catholiques. Les immigrants en provenance du Mexique et d’autres pays d’Amérique latine sont aussi les moins susceptibles d’être athée ou agnostique, et seulement 1% de tous les immigrants latino-américains se décrivent eux-mêmes dans ces termes.

Donc dans leur grande majorité (74%) les immigrants sont de religion chrétienne. Mais la composition interne de ce groupe est quasiment inverse de celle de la population américaine. En effet, près de la moitié (46%) des immigrants sont catholiques soit plus de deux fois la proportion de catholiques nés aux États-Unis (21%), tandis que seulement le quart des immigrants sont protestants (25%) soit moins de la moitié de la proportion des adultes nés aux USA (55%).

Les Hispaniques qui ne représentent que 12% de la classe des catholiques les plus âgés, sont maintenant 45% parmi les catholiques les plus jeunes. Tout ceci devrait donc occasionner des changements majeurs.

Les membres des religions « non occidentales », y compris l’islam, le bouddhisme et l’hindouisme, sont beaucoup plus représentés parmi la population née à l’étranger (pour l’islam 1,7% au lieu de 0,3% dans la population née aux USA). A noter, la proportion d’américains « sans affiliation religieuse » est la même (16%) pour les deux groupes.

Education et revenus en corrélation

Less than High School High School Grad Some College College Grad Post-Grad
avant le baccalauréat baccalauréat BTS, DEUG Maîtrise DESS et + (doctorat)
14% 36% 23% 16% 11%

Les catholiques et les « sans affiliation religieuse » ressemblent étroitement à la population générale en matière d’éducation.

Mais les résultats montrent, par exemple, que les juifs, hindous et bouddhistes ont tendance à avoir des niveaux plus élevés d’éducation que les membres d’autres traditions religieuses, et ils sont aussi les plus susceptibles d’avoir un diplôme d’études supérieures. Près de la moitié (48%) des Hindous, plus d’un tiers (35%) des Juifs et un quart (26%) des bouddhistes ont un diplôme d’enseignement universitaire supérieur.

Parmi les protestants, les membres des églises évangéliques et des églises historiques noires ont tendance à avoir des niveaux d’éducation inférieurs à ceux qui appartiennent aux grandes églises. Par exemple, 56% des membres des églises évangéliques et des églises historiquement noires (59%) ont arrêté leurs études au lycée, comparativement à 42% chez les membres des principales églises.

Bien que le niveau d’éducation du groupe « sans affiliation religieuse » ressemble globalement à celui de l’ensemble, cela masque de grandes différences au sein de ce groupe. Par exemple, parmi les « sans affiliation religieuse », 61% ne sont pas allés au-delà d’un diplôme d’études secondaires. Mais c’est seulement le cas de 36% des athées tandis que 42% d’entre eux et un nombre similaire d’agnostiques (43%) ont un diplôme universitaire ou post-universitaire.

L’appartenance religieuse analysée par rapport aux revenus reflète largement les observations sur les niveaux d’éducation. Par exemple, parmi les américains gagnant moins de 30.000 $ (20.000 €)
par an, un 40% appartient à des églises protestantes évangéliques (29%) ou historiquement noires (10%), alors qu’on n’y trouve qu’un quart (24%) des catholiques et seulement 15% des « sans affiliation religieuse ».

Chez les catholiques on trouve en proportion à peu près égale des adultes gagnant moins de 30 000 $ (20 000 €) et d’autres plus de 100 000 $ (65 000 €) par an. Mais il y a proportionnellement beaucoup moins de membres des églises protestantes historiquement noires (3%) et des églises évangéliques (20%) dans la tranche de revenu supérieure. Les athées ou agnostiques (7% du total) se trouvent deux fois plus nombreux dans la tranche de ceux qui gagnent au moins 100 000 $ (65 000 €) par an.

Cet article fait partie d’un ensemble intitulé Laïcité aux USA.

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[1Source : The Pew Forum

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